Vous exposez dans une église, une cathédrale qui plus est, pour la première fois. Quelle signification cela a t-il pour vous ?
L’église est d’abord un lieu sacré et mes œuvres expriment la rédemption et l’espérance. Cela fait plus d’un an que j’y pense et tout particulièrement après un voyage à Dieppe où je suis entrée dans l’une des églises. Je l’ai aussi souhaitée particulièrement après être entré le Jeudi Saint de l’année dernière dans la cathédrale de Paris mais sans vraiment y croire.

Que s’est-il passé ?
J’ai été touchée par la croix au fond de la cathédrale. C’est cette croix que l’on retrouve dans le tableau « Vers Pâques » (NDLR : exposé dans le chÅ“ur de la cathédrale pendant Courant d’Art et en couverture du n° 5 d’Eglise de Rouen). J’ai commencé à m’intéresser au christianisme et depuis septembre dernier je suis dans un groupe de catéchumènes.

Quelles sont les raisons de cette conversion ? La peinture ?
Non pas seulement, c’est surtout la vie, ma vie. L’an passé à Nevers j’ai participé à une exposition au palais Ducal dans le cadre d’une grande foire sur la Chine. Jamais je ne prends la voiture seule la nuit mais un soir le destin m’a conduit dans la chapelle des Missions Etrangères de Paris où avait lieu un concert pour la paix avec des artistes chinois. Cette chapelle fut le premier signe de conversion avant Notre-Dame de Paris et l’église de Dieppe.

Votre peinture a-t-elle changé depuis ?
Le tableau « Vers Pâques » est la première concrétisation dans mon Å“uvre de ma conversion. Avant ma peinture n’avait pas vraiment de centre. Les couleurs étaient moins vives, mélange de rouge et de noir sans direction. Après j’ai voulu exprimer l’espérance par des couleurs fortes et claires. La découverte de la foi a densifié mon Å“uvre.

Votre vie fut difficile. A-t-elle influencé votre peinture ?
Bien sûr mais c’est normal. Lorsqu’il y a du soleil tout va bien – je peins bien – et si cela ne va pas l’expression est plus difficile. Dans les années 2000 ma peinture devient plus contemporaine et je fais le choix de m’y consacrer. Compte tenu des difficultés de la vie la peinture devient un chemin de rédemption. Avant de me convertir. La penture donnait déjà un sens à ma vie.

Et aujourd’hui ?
C’est toute ma vie.

Quelle la racine chinoise de votre peinture ?
Chez tous les peintres chinois on retrouve des calligraphies et dans ma peinture c’est la même chose avec toujours des traces d’encre. C’est naturel. Ma peinture est entre l’art abstrait et l’impressionnisme.

Comment avez vécu Courant d’Art ?
Le fait d’exposer dans un lieu chrétien m’a obligé à travailler et à mieux comprendre ce qu’est le christianisme de manière à ce que ma peinture qui exprime l’espérance soit en lien avec le lieu. Je me suis donc intéressée à la liturgie, au sens des symboles, au sens du Triduum Pascal. Les trois autres tableaux qui étaient dans le chœur de la cathédrale ont été réalisés depuis ma conversion, dans la perspective de Courant d’Art et celle de la Semaine Sainte et Pâques qui commençaient. Ils n’avaient jamais été exposés.

Quel chemin depuis la Chine ! Mes racines sont la campagne de Chine où la dimension spirituelle existe. Dieu finalement m’a trouvée. Je ne peux pas vraiment parler de rupture mais une nouvelle force est entrée en moi. Le christianisme éclaire le taoïsme dont la notion principale est le tao qui veut dire la voie, le chemin, et que l’on retrouve également dans le confucianisme La rencontre avec le christianisme c’est comme le voile du temple qui se déchire et ma foi s’est fortifiée de la rencontre d’autres chrétiens.